Images de la ligne

La ligne Rueil-Gare—Port-Marly devenue Paris—St Germain-en-Laye puis ligne 58
4/6

Marc André Dubout

Le Tramway à vapeur de Paris à St Germain
La ligne fut ouverte en 1890 depuis l'Étoile au Château de St Germain 15. Elle était à double voie de Courbevoie à Rueil puis à voie unique au delà.

Le profil de la ligne était difficile avec des rampes remarquables :

Le trafic devenu important, la ligne fut mise à double voie sur l'ensemble du parcours ce qui a permis d'augmenter le nombre de trains et malgré cet effort, le P.S.G. était pris d'assaut les dimanches et jours de fête.
En revanche Rueil-Gare—Rueil-Ville et Port-Marly—Marly-le-Roi devinrent de simples embranchements desservis par des navettes.
Il est à noter que la section Courbevoie—Étoile était déjà en service (ligne A des Tramways Nord T.N.). Cette compagnie utilisait depuis 1878 des machines construites par Corpet-Bourdon sur des plans de S.L.M. Winterthur. Elles étaient pourvues du système Brown à balancier. En difficulté financière, les T.N. firent faillite en 1884 et l'exploitation reprise par les T.P.D.S.16).

La voie
La voie normale présente des types de rails  et de poses très différents. Elle comporte des courbes de 30 m. de rayon et la déclivité la plus forte reste celle de la rampe du Pecq avec 0,062 m. La voie sur chaussée est en rail Broca à gorge de 6 m. de longueur. Ailleurs elle en rail Vignole de 8 m. de longueur et d'un poids de 20 Kg au mètre posé sur des traverses en chêne. Dans les traversées de chaussée c'est du rail Marsillon muni de contre-rail (ornières de 0,29 m. en alignement et 0,35 m. en courbe).
Les appareils de voie ont des tringles de transmission encaissées dans le sol sans saillie.

Travaux de voie sur le pont de Neuilly et l'avenue de la Défense. Les voies se rapprochent de l'axe pour franchir le pont alors étroit. Vue en direction de la Défense.
Travaux de voie sur la ligne Port-Marly—Marly-le-Roi.
En 1898, entre Bougival et la Machine et entre Port-Marly et St Germain est refusé, présentant plus de dangers que de bienfaits.
Archives municipales du Pecq

Le matériel roulant
En conséquence du profil difficile, le P.S.G. fit construire neuf machines Francq type 3 aux ateliers de Fives-Lille, capables de remorquer trois voitures sur la rampe de St Germain.
C'est à cette époque que le matériel remorqué s'étoffe avec l'apparition de :

  • 19 voitures mixte AB n°5 à 23 de 9,85 m, à essieux radiants et pouvant accueillir 52 voyageurs dont 24 assis
  • 8 voitures B (seconde classe) n°51 à 58 remplacées ultérieurement par les n°91 à 90 ouvertes. Les voitures sont munies du frein Soulerin et sont chauffées par thermosiphon.
  • 9 fourgons D n°103 à 111 munis de plate-formes accessibles aux voyageurs. Ces fourgons contiennent les accumulateurs qui servent à l'éclairage des voitures. L'autonomie est de 7 heures. Leur poids est de 2,4 t à vide et 7 t. en charge.

Le matériel était muni du frein à vide. L'ancien matériel était relégué aux lignes Rueil-gare—Rueil-Ville et Port Marly—Marly-le-Roi devenus simples embranchements de la ligne principale.
Archives municipales de Chatou

En 1898, une société privée fait livrer 7 voitures-bar, à bogies, où étaient servies des consommations aux voyageurs pendant la durée du trajet. Après l'Exposition Universelle de 1900, la rentabilité n'étant plus au rendez-vous, le P.S.G. les racheta et les incorpora aux trains. Elles finirent leur carrière sur le Paris—Arpajon.

Sur le tronçon Étoile—Courbevoie seules les petites machines Francq étaient autorisées à tracter malgré la rampe de 19 %o de l'avenue de la Grande Armée. Lorsque l'une d'elle tombait en panne par manque de vapeur, elle attendait la suivante qui la poussait jusqu'au terminus. En général une machine était maintenue sous pression pour pallier ces déficiences.
Après un voyage, lorsque la pression descendait à 3 ou 4 bars, on réchauffait l'eau à l'aide d'un courant de vapeur fournie par une batterie de générateurs fixes.
La vapeur est prise à la partie supérieure du dôme et conduite dans un détendeur qui la ramène à la pression de service. Après avoir traversé une masse d'eau chaude dans un long tube réchauffeur, elle se sèche complètement avant d'entrer dans les cylindres et d'agir sur les pistons. L'échappement a lieu dans un condenseur à air (à tubes verticaux) et l'eau provenant de la condensation est recueillie dans une soute disposée à l'arrière de la machine.

Les caractéristiques techniques de ces machines.
Archives municipales de Chatou

Ces machines étaient affectées au dépôt de Courbevoie.
Certaines ont été envoyées à Lyon, d'autres ont fini leur carrière sur la ligne de St Germain—Poissy.

Locomotive Francq des T.P.D.S. On distingue bien, (à droite)  le condenseur à air et la cheminée qui dépassent du toit et à gauche le dôme de prise de vapeur, légèrement au-dessus du toit.
Noter l'exiguïté des plate-formes de conduite à un seul agent.
Locomotive Francq des T.P.D.S. à l'entrée de l'avenue de Neuilly et se dirigeant vers l'Étoile.

Les grosses machines Francq de15,6 t était trop lourdes pour rouler sur les voies des T.P.D.S.  entre Neuilly-sur-Seine et Paris, en conséquence de quoi les rames étaient reprises par des machines plus petites entre Neuilly et l'Étoile.
La recharge en vapeur se faisait au dépôt de Courbevoie situé entre le pont de Neuilly et la Défense.
Bien vite ces machines sans foyer furent insuffisantes face au trafic et leur autonomie en vapeur était trop faible. Il fallait les recharger aux dépôts de Courbevoie et de Port Marly ce qui entraînait des pertes de temps.

Le P.S.G. fit construire 17 locomotives 030 n° 21 à 37 bien caractéristiques à Blanc-Misseron.

Machine Blanc-Misseron de 15,6 t. à la station de Rueil-Ville en direction de St Germain.
Longueur 6,900 m.
Largeur 2,200 m.
Poids 18,5 t à vide, 23 t. en charge
Empattement  1,800 m.
timbres  12 bars
Distribution Walschaert
effort de traction 3950 Kg (soit six voitures)
Frein Soulerin
poste de conduite un à chaque extrémité
Combustible Coke (pour éviter la fumée)

Pour éviter la fumée le combustible utilisé était le coke en ville. Les briquettes étaient enfournées en dehors des agglomérations.
Les trains de six voitures étaient dédoublés à Port-Marly en vue de gravir la rampe de St Germain.

Au total il y a : 

Ancien matériel (ligne Rueil—Marly) Nouveau matériel 'embranchements)
4 voitures de 1ère classe de 30 places 5 voitures mixtes 1ère & 2ème classe de 52 places
4 voitures de 2ème classe de 50 places 5 voitures de 2ème classe de 54 places
6 voitures de 2ème classe ouvertes de 50 places 15 voitures ouvertes mixtes 1ère & 2ème classe de 52 places
2 fourgons à bagages 5 fourgons à bagages

Les dépôts

Le dépôt de Rueil-Gare
Le tout premier dépôt était situé à la gare de Rueil. On ne sait pas grand chose de ce dépôt, sinon qu'il abritait en plus des voitures à traction hippomobile, les écuries ainsi que tous les métiers liés à cette activité, à savoir : 

  • chef d'écurie
  • vétérinaire
  • palefrenier
  • Magasinier
  • relayeurs
  • maréchalerie
  • cochers
Coût de la traction hippomobile.
Lors de l'avènement de la traction à vapeur les ingénieurs évaluèrent avec assez de précision le coût de la traction hippomobile afin de justifier la substitution de la traction à vapeur.
Pour un trajet de 3 km, ce qui représente la longueur aller-retour de la ligne de Rueil-Gare à Rueil-Ville, et avec un service actif de 7 heures à 22 heures, et une fréquence moyenne de 6 minutes cela représente environ 480 km par jour.
Pour une cinquantaine de chevaux le coût journalier est de 300 F.

 

Sur un ancien plan trouvé aux archives municipales de Chatou, on voit deux voies en impasse le long de la ligne du Chemin de fer de l'Ouest sans bâtiment.
Archives municipales de Chatou
Dès  juillet 1900 la municipalité réclame que les abords des deux gares soient remaniés, afin de donner juste satisfaction aux réclamations des usagers. Un crédit de 1000 Francs est alloué par la commission en charge de cet aménagement, cette somme n'étant qu'un appoint à la charge totale.
Archives municipales de Rueil-Malmaison
La réponse positive arrive quelques jours plus tard
Archives municipales de Rueil-Malmaison

La Compagnie des Tramway Mécaniques des Environs de Paris (T.E.M.P.) construit une sous-station à la gare de Rueil. Les plans sont dressés en octobre 1908. 

Le bâtiment se compose d'une halle couverte abritant un chemin de roulement pour accueillir un portique sur toute sa longueur. Large de 8,875 m. sur une longueur de 19,45 m. ce bâtiment repose sur des fondations profondes de 3,70 m.
En élévation sa façade présente quatre larges baies vitrées de 2,60 m. d'ouverture surmontée d'une ouverture au niveau de l'attique.
Vue en plan et les fondations du bâtiment.

Avec la traction à vapeur, des dépôts plus en rapport avec ce mode de traction voient le jour à Courbevoie et à Port-Marly.

Le dépôt de Port-Marly
Le dépôt de Port Marly fut agrandi en 1889 avec l'accroissement du parc nécessaire à l'exploitation du P.S.G. Il était équipé de tout le matériel et outillage nécessaires à l'exploitation du chemin de fer autonome (machines-outils, fosse, hotte, machine fixe entraînant une dynamo, atelier de peinture, etc.)

Le dépôt de Port-Marly, première époque avec des machines Francq type 3.
La station étant attenante au dépôt, on distingue à droite deux rames une pour Germain machine n°8 et l'autre pour Paris .
Le dépôt de Port-Marly à l'époque des Blanc-Misseron. Les remises seront démolies en 1924 suite à une inondation. Un seul hall de sept voies subsistera.

Quelques aspects de la vie du dépôt de Port Marly
Le dépôt de Port-Marly installé à l'origine de la traction vapeur a été agrandi pour satisfaire aux besoins du nouveau service. En plus de l'atelier de réparations  il y a trois générateurs du type locomotive avec un grand réservoir de vapeur

Les bâtiments en bois abritant les ateliers de réparation et les remises du matériel roulant. Gros plans sur la flotte de locomotives Blanc-Misseron.
Archives municipales de Bezons
À l'intérieur de l'atelier, voie sur fosse pour assurer les visites du matériel roulant traction et remorqué. À droite des essieux en attente de remplacement. Noter la faible largeur des bandages.
Archives municipales de Bezons
L'équipe du dépôt pose pour la photographie. On ne compte pas moins d'une vingtaine de personnes et à y bien regarder, la bouteille accompagne l'équipe.
Archives municipales de Bezons
Plan du dépôt de Port Marly.
Les inondations de 1910 n'ont pas épargné le dépôt de Port-Marly situé en bord de Seine. En 1924 une autre inondation sonnera l'heure de la fin.

Le dépôt de Courbevoie
Le dépôt de Courbevoie construit en 1889 prend la relève de celui de Port-Marly.

Le dépôt de Courbevoie en 1908. Sortie d'une locomotive Blanc-Misseron.
Avant d'être démoli en 1928, il avait été remplacé par celui de Charlebourg. Il n'a jamais été reconstruit.

Il comprend une série de voies pour le remisage du matériel roulant sous un hangar couvert. Les chaudières fixes et les machines pour l'éclairage sont installées dans un hangar voisin. Un petit abri avec deux estacades de chargement pour les accumulateurs est disposé à l'entrée près du dépôt. Les générateurs destinés à produire la vapeur nécessaire pour le réchauffement de l'eau des récipients des locomotives sont du système multitubulaire. Ces chaudières, au nombre de trois, ont une surface de chauffe de 60 m2 et sont timbrées à 16 bars. Leur capacité en eau est de 3150 litres et en vapeur de 2480 litres. Ce dépôt est éclairé à l'électricité produite par une machine à vapeur Windsor de 18 Cv et deux dynamos dont une pour la recharge des accumulateurs.

Plan du dépôt de Courbevoie.

Page suivante

Notes :
  • 15 La ligne était raccordée à celle existante de la T.P.D.S. de Courbevoie (Pont de Neuilly) à l'Étoile 
  • 16 Compagnie des Tramways de Paris et du Département de la Seine.
  • 17 Il s'agit d'un embranchement allant de la station du Vieux chemin de Paris à la plaine des Fontenelles et rejoignant la ligne ParisSt Germain.
    Par ailleurs il existe une peinture de la rue du Chemin de fer à Nanterre avec une voie ferrée dans l'axe.
    18 Compagnie des Chemins de fer de Grande Banlieue.

Sources :

  • Les tramways parisiens 2è Édition - Jean Robert - 1959.
  • Archives municipales de Bezons
  • Le Petit Journal
  • CFRU n°122 & 123 - 1974-2-3
  • Archives municipales de Rueil-Malmaison
  • Archives municipales de Chatou
  • Archives municipales du Pecq
  • Wikipedia

Sites :

 

Si une image de cette page vous paraissait non libre de droits, merci de m'en faire part