Le carnet du CFC

Le Petit Train du Parc Floral d'Orléans-La Source

MAD

Le contexte

La région orléanaise est un vaste espace de culture florale, un véritable catalogue de fleurs et de plantes vivantes et variées dont les couleurs embellissent la nature.
Les professionnels horticoles, fleuristes, jardiniers, pépiniéristes, paysagistes regroupés en association sous le houlette du Département du Loiret et de la Ville d'Orléans vont organiser en 1967 une grande exposition internationale horticole dans le parc de la Source1.
Un vaste chantier s'ouvre alors dans le parc de la Source créé trois ans plus tôt. 17 kilomètres d'allée, 30 000 tonnes de terre, 300 tonnes de rochers vont être manipulés, 15 000 m2 de serres vont construits pour que cet espace deviennent pour six mois "le jardin du monde".
320 exposants, 12000 places de parking, un camping de 10 hectares et une desserte ferroviaire en voie étroite vont compléter cet ensemble festif de lumières et de couleurs du 22 avril au 15 octobre 1967.
Avec 2,3 millions de visiteurs, Orléans deviendra, pour cette période, la "Capitale de la rose".

Le Parc de la Source

parc-floral_52.jpg (130335 octets)Le parc de la Source doit son nom à la Source du Loiret, une résurgence de la Loire qui prend naissance à une cinquantaine de kilomètres en amont (village de Guilly).
Propriété du Département et de la Ville d'Orléans depuis les années 60, un projet de "ville nouvelle"
2vit le jour avec la création d'un campus universitaire et la création d'un parc floral de 35 hectares.

 Carte postale

Histoire

Pour desservir l'exposition florale, les organisateurs ont prévu dès le début l'installation d'un petit train à voie étroite (60 cm)  comme cela se faisait depuis la grande Exposition universelle de 1889 à Paris dans laquelle le petit train Decauville remporta un vif succès avec le transport de 6 342 000 voyageurs.
Un circuit de trois kilomètres longeant une partie de la rive Sud du Loiret depuis sa résurgence3 jusqu'à l'extrémité Ouest du parc où un tunnel en courbe et en rampe (2,1 à 3 %) permet de gravir la dénivellation entre la rive et le coteau sur lequel le château a été construit en 1633.

Photo archives-loiret.fr
L'entrée Gobson, gare des Rocailles

En 1966, l'Association du Musée des Transports de Pithiviers (AMTP) est créée pour préserver une partie du patrimoine du Chemins de fer  de Pithiviers à Toury. Les fondateurs de l'AMTP obtiennent la sauvegarde d'une partie de la ligne à voie de 60 du "Tramway de Pithiviers à Toury" et d'une partie de son matériel.
Il est certain que les bénévoles qui se sont impliqués dans cette aventure qui précède d'une année la création du Parc floral ont été sollicités, voire consultés pour l'établissement de la ligne.
La ligne construite en voie Decauville de récupération (ex; TPT) mesure environ trois kilomètres de longueur et forme le long de la rivière Loiret une boucle allongée dont une partie sur la rive et l'autre sur le coteau. Trois stations sont établies : la gare de départ de Rocailles à l'entrée Gobson, une station au Pont-Blanc avant l'entrée du tunnel et la gare haute sur le Plateau de Sologne, terminus pour les voyageurs.
D'avril à octobre 1967, les Floralies ont accueilli 2 300 000 visiteurs.

Document Serge Vassal

 Document Serge Vassal

La ligne
Photo Le parc floral de la Source

La ligne est circulaire. Elle commence à la gare de l'entrée Gobson, en amont du "Bouillon" 2, qu'elle rejoint au Sud et suit le cours naissant du Loiret (vers l'Ouest) en ligne droite sur la rive gauche. Elle traverse divers secteurs de l'exposition, passe devant le château, continue le long de la rivière et arrive à l'extrémité du site où elle dessert la station du "Pont blanc" à la hauteur du Hall des Expositions juste avant le tunnel.
Le tunnel, entièrement créé, est en courbe et en rampe de 2,1 %. Il semble avoir été construit pour abriter le rail en temps de pluie en le gardant sec afin d'assurer l'adhérence de la traction. À la sortie de ce tunnel, la voie se trouve au niveau du coteau, la partie haute du parc où a été construit le château. Elle passe alors devant le dépôt et un peu plus loin au pied du château. Elle continue ensuite vers l'Est jusqu'à la station du "Plateau de Sologne" à proximité de l'entrée donnant sur l'avenue du Parc floral. À cette station les voyageurs sont débarqués pour éviter la rampe en courbe jugée dangereuse par le Comité d'organisation des Floralies
Au début, la voie était constituée de rails Decauville de récupération (TPT), encore très disponibles à cette époque.

Le matériel roulant
Le matériel roulant est constitué de matériel en voie de 60 de récupération et encore très disponible à cette époque dans le Loiret (ligne du TPT) qui venait de fermer en 1964, au moment de la création du Parc floral.

Deux locomotives à vapeur furent acquises dans la Nièvre dans la carrière de Luzy dont une Henschel n° 23735 de 1937 et un locotracteur diesel lui aussi historique puisqu'il a participé à  l'Exposition universelle coloniale de 1931 à Vincennes.

Photo Jean-Henri Manara
La Henschel & Son n° 23735 de 1937 (Kassel) récupérée dans la carrière de Luzy, baptisée ultérieurement "Floralie". Elle est partie ensuite sur le chemin de fer de Pithiviers à Toury puis sur le Chemin de fer de la Haute-Somme. Elle est aujourd'hui au "Tacot des Lacs".

Photo Jean-Henri Manara
Le locotracteur diesel est un Renault-Decauville 130 ou 1C0 élégamment recarrossé pour l'Exposition des Floraries. Il pris alors la couleur "vert jardin" du par moteur. Vu 3/4 avant. C'est sans doute sa meilleure esthétique. Puissance 75 CV. Il fut acquis par le TPT en 1959 et vendu au Parc floral en 1967 en passant par les Établissement Cadoux à Saint-Denis-de-l'Hôtel (45) qui lui donnèrent un aspect plus ferroviaire..
Il a sans doute été ferraillé par la suite à une date inconnue.

Photo Jacques Bazin
614 CT- Pithiviers - Locotracteur Decauville L.T.1 au dépôt du TPT en 1964, vu 3/4 arrière. Il fut baptisé "Diplodocus".
Son poids était de 14 tonnes et il avait un moteur à essence et une boîte à quatre vitesse et une marche arrière comme les autobus Renault de l'époque. 
Il a été pourvu d'une cabine fermée, à la sucrerie de Sermaise (45) et le moteur fut remplacé par un CLM 3.

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Le locotracteur diesel Renault-Decauville, construit pour l'Exposition universelle de 1931. C'est un 130 ou 1C0, entraîné par un faux essieu à l'arrière. Ces locotracteurs, construits au nombre de quatre par Decauville et motorisés par Renault semblaient être conçus pour une marche préférentielle dans un sens (marche arrière pour manœuvres). Ils étaient dépourvus de cabine. Puissance initiale 120 CV. Vu 3/4 avant. 

Photo Jean-Henri Manara
Le Roberval du TPT ou un engin similaire a aussi assuré le service au Parc floral. Combien de temps est-il resté ? Est-ce bien le Roberval, le Gmeinder T11 sur le TPT n°4223 de 1944 ? Les archives mentionnent l'achat d'un locotracteur et mentionne le nom Gmeinder dans un autre document de 1967.

Les dix-huit baladeuses en service proviennent des anciens wagons tombereaux du TPT. Elles sont de deux natures différentes :

Photo Jean-Henri Manara
Voiture Persching de 32 places assises, issue d'un wagon de l'armée américaine. Leurs extrémités arrondies rappellent les baladeuses KE du Chemin de fer de l'Exposition universelle de 1889. 

Photo Jean-Henri Manara
Voiture de 24 places assises issue de d'un tombereau Decauville construit pour le transport des betteraves. Il est possible que ces matériels proviennent du TPT voisin comme pour le locotracteurs diesel.

La similitude des aménagements (aux couleurs d'Orléans (rouge et jaune)) laisse supposer que les transformations ont été faites chez le même wagonnier.

 Photo Le Parc floral de la Source
Un train sur la rive gauche du Loiret passe devant le château.

 Photo Le parc floral de la Source
Fin juillet 67, le petit train avait déjà transporté plus de 800 000 voyageurs.
Deux trains étaient mis en service sur la ligne et faisaient une noria les jours d'exploitation.

Dans les années 80, la traction a été frappée par une faute de goût évidente. En effet les locotracteurs diesel ont été ridiculement habillés en fausse locomotive à vapeur. Ce manque d'esthétique n'a pas empêché la production de cartes postales encore actuelles.

Carte postale
Dans les années 80, une faute de goût majeure en terme d'esthétique traction.

Carte postale 

Même avec un chasse-buffles plus discret et sans porte de boîte à fumée, l'esthétique reste médiocre.

Carte postale
Et pourquoi pas en bleu ! Et avec quatre voitures Pershing s'il vous plait !
S"agit-il du Gmeinder T-15 de Pithiviers, acquis en 1986 ?

L'accident du dimanche 7 août 1967

D'après un article paru dans "Le Monde" a coûté la vie à une petite fille.
Alors que le petit train parcourait depuis avril les 2400 m de la ligne circulaire, à travers les Floralies su Parc de la Source, il ne s'est pas arrêté à son terminus habituel pour une raison ignorée. Ila ainsi dévalé une déclivité que normalement il parcours après avoir fait descendre tous les voyageurs, justement à cause du danger que présentait cette pente importante. Le convoi de constitué de cinq voitures a déraillé à cause de la vitesse excessive et deux ce s voitures allèrent s'échouer dans las massifs après avoir percuté les poteaux métallique bordant la voie. Une dizaine de voyageurs furent éjectés malgré la présence de chaînes qui faisaient office de portières et une autre dizaine furent contusionnées mais Brigitte A . dont la tête heurta un montant métallique avait perdu connaissance et mourut lors de son transfert à l'hôpital. Neuf blessé sans gravité furent hospitalisés
Cet accident ne fut pas du à une défaillance mécanique, l'entretien du matériel ayant été effectué quelques jours auparavant.
En conclusion des premiers essais d'exploitation, au terminus les voyageurs avaient obligation de descendre du train car une forte pente en courbe ne devait être parcourue que par le train à vide. Cette portion de voie ayant été jugée dangereuse.
Ainsi la gare de départ et le terminus ne correspondaient volontairement pas et on ignore pourquoi le mécanicien qui effectuait sa deuxième rotation ne s'est pas arrêté.

Dans la République du Centre, on peut lire dans un article de Cindy Roudier-Valaud : "« Le seul point noir des Floralies a lieu au mois d'août. Les wagons du petit train se sont renversés dans une descente, une jeune fille de 14 ans est tuée".

Suite à cet accident, la petite locomotive a été vendue et l'exploitation interrompue.

La reprise de l'activité du petit train (La République du Centre du 23/02/2013)

L'interruption de service et la reprise de l'exploitation 
https://www.larep.fr/orleans-45000/actualites/le-petit-train-du-parc-floral-sur-de-bons-rails_1454186/

En 2008, suite à des problèmes d'exploitation et de gestion l'exploitation s'interrompit. Quelques années de sommeil vont suivre jusqu'à l'action de l'Association du Tacot des lacs qui après avoir fait des tests propose à l'administration du Parc floral de reprendre l'exploitation. La voie a été renouvelée en rails lourds. La boucle a été ouverte et une raquette à chaque extrémité élimine définitivement la rampe en courbe coté Est, si dangereuse.
Au printemps 2012, le petit train circule à nouveau transportant une cinquantaine de voyageurs en assurant quatre rotations les mercredis, samedis, dimanches et jours fériés et tous les jours en période de vacances scolaires.

Et aujourd'hui

La petit train circule du 20 mars au 1er novembre 2020 : les mercredis, samedis, dimanches et jours fériés hors vacances et tous les jours pendant les vacances scolaires (zone B). Supplément de 4,50 € adulte et 3,30 € enfant (3 à 12 ans), gratuit moins de 3 ans.

Le parc floral de la Source
Aujourd'hui la ligne a changé de physionomie, elle est assurément moins dangereuse. Comme le montre ce plan, elle n'est plus circulaire et la descente dangereuse a été supprimée et remplacée par une boucle en raquette à chaque extrémité (comme à Saint-Eutrope). De plus elle est armée en rails lourds pour la voie de voie de 60 et trois aiguillages (deux pour les boucles et une d'accès au dépôt) complètent l'installation.

Le départ

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L'unique train qui circule part de la gare qui se trouve près de l'entré principale. Il est composé d'un locotracteur Deutz n°46790 et des trois baladeuses de 24 places assises semblables à celle d'origine.
Le locotracteur Deutz provient de la carrière de Montebourg dans la Manche dont le réseau a été déferré dans les années 80.

Le dépôt

Un petit dépôt se résume à une voie abritée avec fosse de visite et une réserve de carburant.


Le dépôt et la fosse de visite.


Un ancien chasse-buffle en sommeil derrière un wagonnet.


Locotracteur Schneider, ex. Cap Ferret, n°89 au Tacot des Lacs.

Les paysages traversés

 


Le branchement de la boucle de retournement Nord

La gare des Rocailles


Située près de l'entrée Gobson, aujourd'hui entrée de service du parc.


La boucle de retournement pour repartir vers la gare de départ.


Dans le parc.


L'entrée du tunnel en courbe et en rampe. Grâce à ce tunnel (artificiel)4, la voie en rampe de 2,1 % et en courbe est à l'abri des intempéries, ce qui assure une adhérence de la traction sur du rail sec.


Le branchement de la boucle de retournement Sud (gare de départ).


La Chapelle.

Ce jour-là, c'était Éric qui était aux commandes.

Le petit train du Parc floral a des cousins éloignés

Le petit tain du parc floral a deux cousins éloignés dans le temps mais pas dans l'esprit : Le tramway de La Nouvelle-Orléans et les tramways d'Orléans.

Lire La chronique d'Anne-Marie Royer-Pantin

Notes :
  • 1 Le parc de la Source, situé au Sud d'Orléans, abrite la source du Loiret petit rivière de 11,6 kilomètres, née d'une résurgence dont le cours est partiellement souterrain dans l'Orléanais et qui a donné son nom au département éponyme.
  • 2 Il s'agissait de créer ce type de quartier à La Source, domaine de 700 ha d'un seul tenant, acheté par la ville d'Orléans. Le maire de l'époque, Roger Secretain avait constaté que Orléans commençait à se développer sérieusement dans le climat de croissance des "trente glorieuses". Or, les communes limitrophes d'Orléans (souvent à dominante horticole) étaient farouchement opposées à tout projet urbanistique d'ampleur "sur place". Aucune coopération avec la ville-centre. Du coup, Roger Secretain a lancé la création d'une ville nouvelle à 10 km du centre sur le domaine de la Source. C'était dans l'air du temps (Evry, Cergy-Pontoise, Marne-la-Vallée...autour de Paris) Il s'agissait de créer une ville complète avec l'université recréée (elle avait disparu à la fin du 18ème siècle), un secteur de logement social, un secteur de logements privés (pavillons et aussi immeubles dans le centre du quartier neuf, un secteur industriel et un grand parc d'agrément : le parc floral. Tout cela était organisé selon les principes de Le Corbusier : ces secteurs étaient parfaitement séparés par de grandes avenues dédiées à la circulation automobile. Pas de tramway à l'époque ! Ce type d'urbanisme fonctionne en général assez mal et c'est malheureusement ce qui s'est passé à la Source. Il ne s'agit pas d'une vraie ville et les municipalités successives ont bien du mal à ravauder ce tissu censément urbain pour y apporter précisément l'urbanité dans tous les sens du terme. Le quartier du logement social a généré en particulier de nombreux problèmes un peu apaisés maintenant.
    JLG
  • 3 La résurgence du Loiret est appelé "le Bouillon".
  • 4 Au-dessus du tunnel se trouvait "le jardin alpin", ce qui renforce la crédibilité de son existence.

Sources :

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Deux stations sur le plateau de Sologne et